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jeudi 19 mars 2015

Révéler l'aventurier

Dès que nous avons acheté les billets d'avion en août dernier, nous avons réservé nos lits dans les huts de la Milford Track, réputée pour être l'une des plus belles randonnées au monde. Nous avons ensuite organisé notre voyage autour de ce périple de quatre jours dans Fiordland. Nos muscles n'ont pas eu le temps de récupérer des quelques 66 km marchés, mais nous savons déjà une chose: Guillaume et moi nous souviendrons de ces moments pendant longtemps, longtemps.

Après avoir laissé près de la moitié du contenu de nos sacs dans un casier du backpacker (ouf!), nous avons fait l'épicerie pour quatre jours, trois nuits.

Jour 1: Te Anau - Clinton Hut

Nous étions nerveux. Contents, mais nerveux. Nous l'avons été jusqu'au moment d'être assis dans l'autobus qui nous amenait au quai de Te Anau Downs, là où on a pris ensuite un bateau pour se rendre au début de la randonnée.

Impossible d'y échapper: la première journée, tout le monde se regardait du coin de l'oeil.. Qui a déjà fait une telle marche? D'après les vêtements de sport, la grosseur du sac, la qualité des souliers...

Il pleut sur Te Anau, il pleut sur le bateau. Il pleut dans les Sounds plus de 6000mm par année. C'est beaucoup. On espère ne pas être si trempés!
Nous mettons le pied à terre et voilà, plus de retour en arrière. 



La rainforest nous protège de la pluie qui diminue, puis s'arrête. Tout est vert de mousse, de plantes, pas un tronc n'est lisse. 

Nous n'avons que 5 km à marcher le premier jour, 5 km qui passent vite. Les deux dortoirs de 25 personnes se remplissent tranquillement, nous jouons aux cartes un peu, avant d'aller dormir. Dans la salle commune, ça parle anglais et hébreu (il y avait tellement d'Israéliens, hasard pas croyable!).

Jour 2 - Clinton Hut - Mintaro Hut (+MacKinnon Pass)
La température est de notre côté. Au lever (tôt), on se prépare déjà pour la longue marche qui nous attend. 16,5 km, bien que maintenant, on calcule tout en miles, à cause des poteaux qui jalonnent le sentier avec cette vieille unité de mesure en souvenir de son exploration par Quentin Mackinnon en 1888.
Nous marchons dans la forêt vers la vallée pendant un bon moment. À travers les éclaircies, nous voyons de chaque côté les montagnes hautes, comme un faux décor trop grand et trop beau pour être vrai. Nous traversons des "sentiers d'avalanche", passons des rivières sur des ponts suspendus. Je vous l'ai dit, quand il pleut, on compte la pluie en mètres. Les ponts sont équipés de rambardes plus hautes qu'à l'habitude, pour empêcher les marcheurs d'être emportés par le courant.


Les rivières que nous croisons sont si cristallines qu'on voit les truites y nager paresseusement, même à bonne distance. Nous avons aussi eu la chance de voir des anguilles (eels) et des canards à tête blanche.


Nous voulons prendre une pause pour dîner, mais les sandflies nous obligent à rester en mouvement. Il faut plus que des petites mouches noires pour traumatiser deux Québécois, surtout qu'elles ne sont pas si voraces, mais les Français et les Israéliens en particulier ont peur de mourir vidés de leur sang et on trouve ça bien drôle.

En arrivant à la hut environ cinq heures plus tard, nous suivons les conseils de la veille de la ranger: le temps étant dégagé, si nous continuons plus avant sur le chemin avant la tombée de la nuit, nous pourrions avoir la chance de voir Mackinnon Pass sans nuage, chose qu'elle-même n'avait vue qu'une fois dans sa vie.
Mackinnon Pass

Nous avons de la chance (et encore des jambes). Nous volons presque jusqu'au haut de la pass pendant 2 miles de montée (que nous devrons redescendre). Deux Américains, un père et son fils, nous devancent de peu, et nous partageons avec eux l'émerveillement sans limite que nous ressentons d'avoir "travaillé" pour avoir devant nous ce si beau paysage. Et puis nous rentrons dormir à la hut, en partageant nos photos avec ceux qui ne se sentaient pas capables de faire cet "extra". Cette montée, tout le monde devra la vaincre demain, sac au dos.

Jour 3 : Mintaro Hut - Dumpling hut (+ Sutherland Falls)

Lentement, mais sûrement. Le mantra que nous nous répétons. Le temps est encore dégagé, et nous avons droit à la vue splendide d'hier une deuxième fois, avec une lumière différente. Il y a plus de vent, et nous allons nous mettre à l'abri un moment, avant d'entamer la descente, sur environ 10 km, de 1000 mètres verticaux.

Ouch, mes genoux. Guillaume a des ressors dans les jambes, mais je ne peux bientôt plus m'arrêter longtemps pour admirer les chutes et les rivières: quand j'arrête, la douleur est intense, et je sais que ce sera difficile de recommencer.

Nous déposons nos sacs au shelter Quentin Lodge. Il faut vous dire qu'il y a des gens (avec beaucoup d'argent), qui ont payé pour être nourris/logés confortablement dans des hotels de luxe tout au long de la Milford Track. Quintin Lodge est un de ceux-là. Et ces "chanceux" ont Internet, des douches, un piano (!) et une radio tonitruante qui crie "In the Navy" à notre arrivée. Tout nos collègues "pauvres" déjà arrivés sont entassés dans une petite cabane aux vitres qui s'embuent, à l'autre extrémité de la cour. Il faut en rire... Surtout qu'on prend notre courage à deux mains pour le side track : la chute la plus haute de NZ.

580 mètres! 
Juste une petite

Pour soulager un peu ce qu'il reste de mes articulations, je tente d'aller me baigner dans un lac près de la hut. Il est tellement froid que je suis figée sur place à hauteur de cuisse, mais ça semble donner du courage aux Français sur la berge qui, moustiques ou pas, se lancent à leur tour. Autre souper, autre ciel qui s'assombrit entre les montagnes. 

Est-ce que j'ai besoin de vous dire qu'on était contents de trouver nos lits?

Jour 4: Dumpling Hut - Sandfly Point 
18 km. Quelques heures et la fin, un autre bateau, les montagnes de Milford Sounds qui sortent de la mer. 
Les oiseaux nous accompagnent. Nous marchons dans l'ordre habituel - René loin devant, le couple dans la cinquantaine dans une forme pas croyable ensuite, les Américains et puis nous. Les Français suivent derrière, puis les quelques trente autres marcheurs avec qui nous avons partagé des nuits de sommeil trop courtes et des rires au-dessus des platées de bouffe déshydratée. 
Le bateau est comme un rêve. 
Milford et Mitre Peak
Nous sommes épuisés, mais heureux d'avoir marché ces kilomètres ensemble, un pas après l'autre. Un peu tristes que ce soit déjà fini aussi. Que devant le bateau, on aperçoive des touristes, des enseignes, des routes d'asphalte, des voitures.

Il ne faut que quatre jours pour révéler l'aventurier. Celui qui se cache pas loin, dans ce désir de dépasser ses limites, d'aller où personne, ou presque, ne va.

Une soixantaine de km pour se sentir minuscule, mais fort. Mais forts.


















8 commentaires:

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    1. C'est juste quelques photos en plus! Tout le reste est de même... t'sais!

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  2. Les photos sont magnifiques... Je n'ose pas penser à ce que c'était en vrai. "Ça arrache la gueule", aurait dit mon ancien voisin.

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    1. En vrai c'était... trop beau pour l'être, on aurait dit. On a plusieurs vidéos aussi, ils partagent encore mieux l'impression de grandeur au sommet, je pense. C'était tellement loin du monde en plus... oui, ça arrache la gueule!!

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  3. J'ai toujours des frissons à te lire mon amie ! Ça tellement l'air hot comme aventure ! Les photos sont débiles, à couper le souffle. Je vous envie d'avoir vu et profiter de si beau paysage ! Faudra revoir ces photos sur l'écran de ma télé, et s'y perdre quelques instants. (tsé les long moments qu'on va passer ensemble quand tu reviendras ! ;) ) Bien hâtes aussi de jaser avec Guillaume de son expérience ! Bref, à bientôt ! :D

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    1. C'était définitivement le genre de truc "once in a lifetime"!! Ça va me faire plaisir de t'y amener, même juste un peu... :)

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  4. j'pense que c'est ma partie préférée :)

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    1. On attendait ça depuis tellement longtemps! C'est clairement une expérience qui va marquer notre voyage, notre année, notre vie finalement ;)

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