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mardi 17 février 2015

Se réconcilier (un peu)

Dans les derniers jours, nous avons appris à connaître davantage Paul, Sandra, Harry et Logan. Nous ne sommes généralement pas difficiles d'approche, Guillaume et moi, mais on dirait que ça leur a pris plus de temps que nous (et plusieurs desserts et des brioches à la cannelle) pour se dégêner.

Et nous avons été plus impliqués sur la ferme, avec les moutons en particulier.  Même moi!! Maintenant, on sait comment les attraper! (Des heures de plaisir en perspective!)
Guillaume et un agneau (dodu)
Notre intention de départ, en venant de ce coin perdu des Marlbourough, c'était d'aller au Wine & Food Festival de Blenheim. Quand on a vu que les billets étaient 50$, rien d'autre d'inclus que l'entrée, on a décidé de sauver nos économies pour d'autres activités... Belle surprise, les skills de Guillaume sur le tracteur et mon gâteau renversé aux abricots (merci, Ricardo) ont été plus qu'appréciés par nos hôtes, qui nous ont offerts des billets pour le festival, en plus d'appeler Duke, le voisin, pour qu'il nous amène en ville (oui, on est loin dans l'champ sur un méchant temps, pis on a pas de char). Duke nous a dit que si on repassait dans le coin, il nous amènerait pêcher du blue cod. On repassera effectivement dans le coin d'ici la fin mars, alors on a dit qu'il aurait de nos nouvelles!! 

Faque on a bu du vin toute la journée sur les terres de Brancott Estates
Nos coups de coeurs : tout ce qui est fait par Mud House, blanc comme rouge, jusqu'à maintenant, on n'a pas été déçus, et le Sauvignon blanc de Sileni Estates (disponibles à la SAQ, j'ai vérifié!). Demandez-moi pas l'année, 'm'en souviens plus...!

Le lendemain, Paul nous a amené faire un tour dans sa voiture de collection du côté de Yealands, un vignoble immense, avec un programme zéro-carbone aussi impressionnant que la quantité de vignes et la vue sur la mer qu'on a rendu au bout. Oui, des fois, on est chanceux (mais on le mérite!).
La voiture : une Valiant '73(?) restaurée par Paul
Au moment où vous lirez ces lignes, nous serons déjà repartis de Seddon, après deux semaines passées dans une famille sympathique, deux semaines qui auront passé bien vite, finalement, mais qui auront été riches pour nous en remises en questions "fermières", qui resteront peut-être aussi marquées par notre premier blues du voyage.

Nous nous dirigeons vers la côte ouest et son paysage accidenté, vers Westport, pour la fin de semaine. Ensuite, nous descendrons vers Fox Glacier, et nos plans sont encore incertains, mais nous serons à Christchurch début mars pour le festival de Haka, la danse guerrière maorie.

Qu'est-ce qui nous restera de notre passage ici? Des images, c'est ce que j'essaie de vous écrire depuis le début, mais elles sont trop près dans le temps, trop près de l'émotion, encore.
Les troupeaux dirigés par les chiens
Le bruit des sabots contre le sol compact
La poussière, en tourbillon
Les moutons qui courent de chaque côté, nous debout
L'agneau à demi-mort qui peine à respirer, un jour, deux jours
Les bêtes qu'on doit pousser pour qu'elles montent sur le grillage
Les enfants qui crient et rient dans la maison
Et beaucoup, beaucoup d'espace, pour être ailleurs




samedi 14 février 2015

Rodéo

Ouvrez-vous une petite bouteille de sauvignon blanc de Nouvelle-Zélande pendant que vous nous lisez; y'a des bonnes chances qu'il vienne de chez le voisin.

Le paysage de bord de route des Marlbourough - nous sommes près de Seddon
Collines dorées à perte de vue et vignes bien cordées: impossible de nous tromper, nous sommes dans les Malbourough. C'est sec, sec, sec, jaune, jaune, jaune.

Depuis quelques jours, chez Sandra et Paul, nous vivons une vie de ferme et de presque cowboys à changer le bétail d'un pâturage à l'autre en le chassant avec le quatre-roues ou encore le pick-up. Les chiens embarquent dans la boîte, le nez au vent, et attendent les commandes de Paul pour faire leur job.

Get them from behind! Chance, speak up! Away! 

Chance et Rose

Une centaine de moutons en train de me regarder. Apparemment, je fais peur. 

Leurs voisins font même des démonstrations de tonte de moutons pour les touristes qui débarquent des bateaux de croisière. On est encore à moitié aveugle des diamants qui brillaient au soleil, mais on a vu la tonte d'un mouton. Sandra et Paul ont fait tondre les leurs en janvier, et n'auront pas à le faire avant quelques mois, alors ils ne voulaient quand même pas qu'on rate ça.
Le voisin en train de tondre un mouton 
Aujourd'hui, nous avons aidé à déplacer les vaches et leurs veaux dans un champ chez le voisin; ça a pris pratiquement toute la journée. Mais c'était quand même de loin la tâche la plus excitante de la semaine, du moins pour moi, qui a plutôt été assignée au lavage de four-cuisine-lavage-de-fenêtres-lavage-d'armoires jusqu'ici.

Changer les troupeaux de pâturage implique souvent d'arrêter la circulation devant et derrière le troupeau.
Je me demandais (tout en frottant les portes d'armoire) ce qu'on faisait ici... oui, il y a l'échange culturel, et l'opportunité de vivre dans une famille Kiwi avec enfants, de partager les repas et le quotidien avec eux, mais le wwoofing, l'idée derrière le wwoofing surtout, c'est d'apprendre plein de trucs sur le développement durable, l'agriculture biologique, ou juste des skills de vie quotidienne en général. Je n'apprends pas grand chose, à laver le four. Je prends mon mal en patience parce que Guillaume est assigné aux tracteurs et qu'il est bien content de pousser des bales de foin d'un bord à l'autre du champ. On verra...

C'est aussi intéressant de voir comment ça se passe, en 2015, sur une ferme traditionnelle (à comprendre: pas bio pentoute). Avec des chiens et des motorisés. Avec des mauvaises herbes traitées au Round-Up. Avec des bêtes qui sont vendues quand on peut faire de l'argent avec et qui reçoivent piqûres et traitements divers sans qu'on sache trop pourquoi, mais parce que c'est comme ça qu'on fait (et faisait dans l'temps des parents). Qui sont déplacées en masse, qu'on doit effrayer (un peu?) pour pouvoir diriger. De comprendre qu'avant, c'était la laine des moutons qui rapportait, et que maintenant, c'est la viande des agneaux. Ne vous demandez pas pourquoi, je dirai un mot: Chine. Mais pensez-y bien: moins un produit rapporte, plus on doit en avoir une grande quantité pour survivre, et plus la quantité est importante, plus le bétail est traité comme un ensemble que comme des individus. Avec 4000 bêtes, comment savoir si tel animal est mal en point et a besoin d'un traitement? Ce n'est pas de la mauvaise intention, c'est juste la réalité.

Bon, le paysage que j'essaie de vous dessiner est comme de moins en moins bucolique. Est-ce que votre vin commence à être amer? J'espère pas... c'est tellement beau ici, malgré tout.

Si tout le monde pouvait voir d'où vient sa viande... d'où vient son chandail de mérino. Des fois, ça fait juste remettre les choses en perspective. Et je suis certaine qu'ils font ça avec beaucoup de passion et d'amour, malgré tout ce que je peux en dire. Au meilleur de leur connaissance. C'est peut-être à l'autre bout de la chaîne, qu'il faudrait que les choses changent?






mardi 3 février 2015

De backpackers en backpackers

Il tombe aujourd’hui la première pluie de l’année. C’est comme si tous les arbres s’étaient soudain mis à respirer. On ne va pas se plaindre non plus, aujourd’hui, d’avoir une journée parfaite pour une sieste d’après-midi, dans une petite ville de Golden Bay, Takaka. 

C’est tranquille; tout le monde semble parti pour le festival Luminate, dans la vallée plus haut sur la montagne, un événement très très hippie d’ateliers de croissance personnelle, de cirque et de musique électronique. Guillaume et moi serions allés par curiosité, peut-être, mais nous avons aussi la défaite de ne pas avoir de voiture pour nous y rendre, et maintenant, la pluie. 

Après quelques jours dans Abel Tasman, où nous avons fait du kayak sous le soleil, et de la plage à profusion, ne rien faire pendant une journée ne nous fera certainement pas sentir coupables.
Encore une fois, la vue est vraiment déplaisante!...

Adele Island - Abel Tasman

C’est le privilège des voyageurs qui ont le temps, qu’on se dit. Rien ne presse, à moins qu’on se l’impose. Et rien ne nous attend à part Nelson demain, où nous retournons pour quelques jours, avant de nous diriger vers les Malbourough (vignobles à perte de vue!), où nous ferons du wwoofing pendant environ une semaine, jusqu’au festival du vin de Blenheim. En attendant, nous allons de backpackers en backpackers, où nous rencontrons ces derniers temps en particulier beaucoup d’autres Canadiens, venus de la Saskatchewan et de l’Alberta, et même, pour la première fois depuis le début du voyage, un Québécois de notre âge. À Marahau, deux gars de Calgary, deux ingénieurs qui faisaient du vélo (plan décidé à la dernière minute, vélos de montagne usagés semi-adaptés, mais c’est ça, l’aventure!!), avec qui j’ai joué une game de cribbage pendant que la nuit tombait sur la baie, après beaucoup d’humour absurde et une discussion osée sur la politique canadienne. La curiosité était trop forte. Rencontrer des Canadiens anglophones est encore comme rencontrer des gens d’un autre pays; et ça n’a rien à voir avec rencontrer des Albertains en Alberta. 

C’est beau comment, en voyage, les gens (la plupart) sont allumés, intéressants et intéressés. Toutes les discussions sont possibles, il me semble. Et le mélange de générations est aussi vraiment enrichissant: tout le monde ou presque vient d’un pays différent, a un âge différent (deux grands groupes, quand même, dans les backpackers: 18-30 et retraités), voyage pour des raisons différentes, mais il y a comme un point de rencontre de valeurs sociales et écologiques. Je suis contente d’enfin arriver à dépasser les conversations de surface du style « d’où tu viens/où tu vas/combien de temps », qui sont nécessaires, mais qui sont un peu banales.

Je ne sais pas encore où est le lien dans ce que je vais vous raconter ensuite, peut-être celui de l’expérience forte et authentique, de l’échange culturel, cette fois avec la culture maori. Hier, nous avons fait du vélo (j’étais étonnée de voir que je savais encore comment pédaler…) jusqu’à Pupu springs. Les maoris ont des sites sacrés un peu partout en Nouvelle-Zélande, qu’ils appellent des trésors, lieux où on ne peut ni manger ni boire ni toucher l’objet en question, en respect pour la pureté de l’endroit, mais aussi pour les ancêtres décédés qui n’ont plus le corps physique pour le faire. Pupu springs est l’endroit où une source d’eau pure, la plus pure d’Asie et d’Océanie, jailli du sol. Nous nous tenions à l’endroit où une rivière émerge, formant un lac parfaitement translucide. (Encore une fois, les photos n'arrivent pas à la cheville de ce qu'on a vu, malheureusement pour vous...)

Pupu Springs

Et hop, une autre rareté à rayer de la liste. (Une liste qui s’allonge à mesure qu’on a des surprises de ce genre!)

Des fois, la Nouvelle-Zélande, c’est vraiment dur à battre. 
Pupu Springs ou Jurassic Park?