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lundi 13 avril 2015

Nos coeurs balancent

Napier, Gisborne, Tauranga, Mont Manganui: notre trajet des derniers jours, le long de la côte est, dans un parcours en zigzag imposé par les autobus. Des backpackers, un Airbnb (un vrai lit!!)... Entre fatigue et envie d'en profiter au maximum, entre le soleil et la pluie, entre l'ici-maintenant et le retour, c'est un peu là où nous sommes... Nous avons revisité la beauté verdoyante des terres où paissent les vaches, senti à nouveau le souffre dans l'air à l'approche de Rotorua et rencontré la côte est et ses villes très différentes les unes des autres. 

Aujourd'hui, nous avons officiellement entamé la dernière semaine du voyage. On s'est aussi offert un petit plaisir: on est allé chercher une voiture dans un centre de location pour faire le tour de Coromandel à notre rythme. (À comprendre: pour pouvoir rester sur les plages le plus longtemps possible.) Après Coromandel, c'est Auckland qui nous attend à nouveau. Deux jours, question de bien se casser la tête avec l'ultime paquetage de nos sacs pleins à craquer. Le paquetage de sac... c'est une chose qui ne me manquera pas de sitôt, même si avec la pratique vient l'expérience... 

Demain, pluie, pas pluie, nous serons dans l'eau, en train d'avaler la tasse. Et demain, c'est la fête de Guillaume! Qui aurait pensé qu'il aurait choisi comme activité d'aller s'énerver dans l'eau?! 

Objectif simple, d'ici la fin: soleil et plage. Whangamata, on nous avait promis de la belle vague à ton sujet, déçois-nous pas! 

Ah, oui, je vous avais promis des photos! 

Kaikoura - Coastal Walk

Kaikoura 
Napier - Capitale Art Déco de Nouvelle-Zélande

Guillaume sur Marine Parade
Le port de Napier 
Mount Manganui - du sommet du mont Mauao

Mount Manganui - la plage, un jour de nuages



lundi 6 avril 2015

Des dauphins!

Attention: cette entrée de blogue contient du sarcasme et du chialage, mais aussi une belle histoire, si vous tenez bon jusqu'à la fin...!

À Kaikoura, nous avons décidé que nous n’avions pas 100$ pour aller taquiner la baleine pendant une heure sur un petit bateau plein de tourissss. 

Bêtes de même: on est tannés de voir du monde avec des gros jewels en or qui nous aveuglent sous le soleil sans pitié de Nouvelle-Zélande. 

Faque on boude: on prend de longues marches où on ne parle qu’aux moutons. Et moutons il y a. 

On était peut-être un peu étonnés de devoir, déjà, reprendre le ferry. Bye bye, île Sud. 

On a été un peu désorientés de recevoir un courriel de Karen (woofing à Dannevirke, vous vous rappelez?) chez qui on devait repasser pour quelques jours. Mais on est tombés sur Pâques. Et Pâques = maison pleine, finalement. Sorry guys, much love. Deux Québécois un peu perdus, nous étions. Où vais-je? Que fais-je? Où dorme-je?

On s’est dit: on n’est juste pas dus pour travailler. On pourrait rester plus longtemps à Napier, plus longtemps à Gisborne, plus longtemps dans ces charmantes villes côtières dont on nous a dit beaucoup de bien. 

Oui, MAIS. Mais… on est fatigués un ti-peu, certaines journées plus que d’autres, je dirais. On n’a plus le goût de se payer des excursions, des visites de monuments guidées, de magasiner des housses de coussins avec des dessins maoris (je suis devenue la spécialiste du prix-le-moins-cher-dans-quelle-ville). On est beaucoup fatigués quand on tombe sur des voisins de backpackers dans le genre un peu weirdo qui font le party et qui s’endorment sur la terrasse au milieu de bouteilles de vitre cassées. 

Est-ce qu'on a le droit de chialer, en voyage? 

Est-ce qu’on a le droit d’être déçus quand un repas au restaurant nous coûte les yeux de la tête, pour une boulette de viande de chevreuil pas cuite dans un hamburger, et que quand on le mentionne à la serveuse (aussi proprio de l’endroit), elle nous répond: no worries en disparaissant avec nos assiettes?

Est-ce qu’on a le droit d’écrire des mauvaises critiques sur trip advisor, des reviews vraiment pas fameux sur le site des auberges jeunesses? Où est la limite quand on a choisi de payer 30$ par soir pour un lit, est-ce que quand nos draps sont tachés, mais probablement propres, pour 30$ dans un dortoir de 6, on a le droit de retourner à l’accueil en demander d’autres? Est-ce qu’on a le droit de se formaliser des tiroirs à ustensiles pas lavés, des traces de doigts collantes vieilles de cinq ans sur les murs, sur les portes?

Parce qu’on ne s’attend pas à des châteaux, pour 30$ chacun, même si on trouve ça cher quand même pour l’option la moins chère, on s’attend quand même à un minimum. Après plus de trente auberges jeunesses différentes, on a quand même compris, on a intégré, je sais pas, un niveau d’attente moyen. On a épuisé nos options, compte tenu du nombre de mois passés ici et notre date de départ, et notre choix de ne pas acheter de voiture: location de VR (pas en dessous de 100$ par jour SANS les assurances et le gaz à 2$ le litre), site de tente (15$ à 20$ PAR PERSONNE par nuit, douches payantes, électricité payante, payant payant, loin des villes), etc. On ferme les yeux, on préfère quand même laver notre vaisselle avant de manger dedans plutôt que de payer 100$ minimum pour une chambre d’hôtel cheap où les draps ne seront pas blancs pour autant. Où il faudra manger des boulettes de viandes pas cuites dans des restaurants. 

Je vais vous raconter une belle histoire, pour me faire pardonner. Et puis vous allez pouvoir regarder des photos et rester sur une belle impression (un autre jour, l'Internet est bouette). 


Une histoire de dauphins 


Sur le ferry, un peu engourdis par les roulis de la mer, Guillaume, Loren (une amie de Myriam qui retournait aussi à Wellington) et moi partageons un bout de chocolat Cadbury aux noisettes. En grands experts du ferry, nous nous sommes assurés de réserver des fauteuils à l’avant du bateau, derrière les baies vitrées. Pas de vent et du soleil; les meilleures places. 

Soudain, un touriste se met à courir vers le pont, en pointant l’eau du doigt. Tout le monde se rue dehors, caméra à la main, selfie stick vers l’horizon. Nous faisons pareil avec nos yeux. 

Un, deux dos gris dans l’eau, qui plongent sous le bateau. Au loin, des éclaboussures d’eau blanches dans le bleu de la mer. Beaucoup, presque trop. C’est sur la trajectoire du ferry. Des oiseaux qui pêchent?

Non, des dauphins. Dix, vingt, cinquante dauphins dans l'eau à bâbord, à tribord. Qui sautent et plongent et nous regardent d’un oeil luisant amusé. 

Excités comme des enfants, nous les regardons s’éloigner, pendant que se précise au loin les contours de l’île Nord. 

Fin. 

P.S. Mais on va bien là, on en profite! On s'aime pis il fait beau pis on est en santé! On le sait, qu'il nous reste juste deux semaines de voyage, on chiale un ti-peu, parce que vous nous manquez un ti-peu-beaucoup. xx

samedi 28 mars 2015

Roadtrip(s) en bonne compagnie


Myriam et Nicolas nous ont rejoint à Christchurch. Nous avons parcouru ensemble le dédale des terrains vagues et les trottoirs bloqués en quête de restos et de bière, ce qu’on a fini par trouver. Des endroits vraiment chouettes, où le temps semblait s’arrêter. Où la ville semblait, par les fenêtres, une ville comme une autre… 

Ensemble, nous avons quitté Christchurch pour Queenstown (la valise de la voiture pleine à craquer), en nous arrêtant sur la route aux abords des magnifiques lacs près du mont Aoraki. Détour obligé et ciel bleu magnifique, au pied de la montagne aux neiges éternelles… Que demander de plus?

Joyeux comme sur les annonces de vacances
Les paysages, êtes-vous tannés?... On ne l'est pas. 

Queenstown, sur le bord d’un lac d’un bleu profond, avec ses montagnes, son téléphérique et ses attractions sportives, bungee et deltaplane et j'en passe, est le paradis des amateurs d’émotions fortes. Nous y avons fait de la luge (vidéo à suivre!), de la rando et du rafting (pssiiiit, nos rivières au Québec sont pas mal plus intenses! Un grade 3-4-5 sans même tomber du raft?!). Queenstown est comme un Mont-Tremblant aussi pour son overdose de boutiques et de touristes, mais comme on était en bonne compagnie, on a survécu! (Entre autre au line-up pour avoir un hamburger immense de chez Fergburger). 
Sur la Ben Lomond Track... On a reviré de bord après la vue, même pas le sommet!
Myriam et Nico nous ont amenés jusqu’à Te Anau, et ils ont continué leur route vers la West Coast, Nous, on est partis pour la Milford Track...

À notre sortie du bois, sales, mais contents, c’est J-F qui nous attendait avec le sourire d’une oreille à l’autre dans la salle commune du YHA. J-F, c’est le Québécois rencontré par hasard à Takaka, avec qui on a tout de suite cliqué. Il est géologue en plus, comment ne pas l’aimer?! 

Le plan, c’était de partir tous ensemble à notre retour de la Milford pour aller visiter Stewart Island, l’île la plus au sud de l’île sud. Mais Stewart Island est capricieuse sur la température (on n’a pas trop chialé par compassion pour vous, qui venez de vivre un pas pire frette hiver, mais sachez que depuis Fox, on a à peine quitté nos p’tites laines… À Stewart, ils annonçaient 7 en moyenne…). En plus, le ferry, pour une personne, aller-retour: 130$ environ. L’avion? 140$. Une location de voiture, à trois, pour dix jours, sans quitter la terre ferme? Environ le même prix… la question ne s’est pas posée longtemps. Nous voulions aussi tous les trois visiter les coins reculés des Catlins, et le temps commence à manquer pour tout faire… 

Alors nous avons pris un autobus de Te Anau pour Queenstown (ça s’appelle revenir sur ses pas, mais bon, pas le choix), puis loué une voiture à Queenstown (débarqués au centre-ville, il aurait fallu descendre à l’aéroport, oups) pour enfin se rendre à Invercargill. Ancienne ville qui se souvient encore un peu trop bien de la prohibition: pas de bière dans les épiceries, ni dans les dépanneurs. Mais une microbrasserie super chouette (miam), où on a dégusté les bières on tap (une Smoked Manuka... re-miam) avant de se faire remplir deux 2L, et voilà, partis pour la gloire! 

À Bluff, on aurait pu manger des huîtres. Je dis ça pour vous agacer, amateurs d’huîtres, parce qu’on ne l’a même pas fait. Ça sentait déjà trop le fruit de mer dehors? 

Slope Point - Le point le plus au Sud de l'île Sud. Pis nous z'autres!

Guillaume tout en noir dans l'tussock

Les Catlins nous attendaient le lendemain. Nous avons parcourus toutes les pointes et les baies possibles, vu des phares et les plages de pebbles, évité de marcher sur les sea lions affalés sur le sable. Nous avons vu des moutons, des chutes, des forêts, des boulders ronds comme des oeufs de tortues, des pingouins yellow-eyed au coucher du soleil, une forêt fossilisée, encore des sea lions -  avons dormi à un endroit différent chaque jour et compris qu’être loin en Nouvelle-Zélande, c’est être loin pour vrai (pas d’ATM, c’est PAS d’ATM).

Nous avons marché Dunedin et vu le campus universitaire la même journée qu’une fête de rue déguisée où l’alcool coulait à flots battait son plein. Nous avons couru dans Dunedin pour trouver des lits dans des backpackers (plein, plein, plein!) pour finalement nous ramasser à tenter dans l’arrière-cour louche entre un buisson et des poules. Nous avons visité Oamaru, étrange petite ville victorienne, aux rues hors du monde et du temps, avec son musée Steampunk, son parc pour enfant Steampunk, son tout-ce-que-tu-veux Steampunk (et sa micro-brasserie, yes! où j'ai perdu ma bouteille d'eau avec autocollant de Pokémon, pas yes.). Nous sommes allés jusque sur la péninsule d’Akaroa, là où les Français se sont installés un peu trop tard (2 ans!) pour faire de la Nouvelle-Zélande une colonie française, et sommes allés dormir à Onuku (ça sonne comme le bout du monde; ça l’est), dans des cabanes avec des fenêtres pour regarder les étoiles (Stargazers!) en fermant les yeux (et où JF a eu de la misère à trouver un terrain sans crotte de mouton). 


Presque stressé le phoque 

Les boulders - chacun renferme un squelette, un coquillage, un grain de sable...
Guillaume et son tracteur steampunk - Oamaru


JF et Guillaume dans une ruelle de Dunedin
Et c’était fini. On a déposé JF chez des gens qu’il avait rencontrés avant, on a ramené la voiture au centre de location. 
Et on s’est retrouvé dans Christchurch en ruine avec le 2/3 restant des barres de chocolat achetées à l’usine Cadbury et une promesse de bière(s), au printemps, à Montréal. 

jeudi 26 mars 2015

Un retour, bientôt un autre

Ce soir, nous dormons à Christchurch. Nous étions ici pour la première fois il y a bientôt trois semaines. Je pense à ce billet depuis quelques temps déjà; c’est difficile de l'écrire. Je me rends compte que je n'ai pris que quelques photos, par pudeur, je pense, par sentiment de n'être pas tout à fait légitime ici avec mon attirail de touriste. 

Mais commençons par le début. 

Christchurch est la métropole de l’île Sud. On y trouve un aéroport international et tous les services. Ça peut sembler évident, mais quand on voyage depuis un moment en Nouvelle-Zélande, on se rend compte qu’il est beaucoup plus facile de trouver un mouton qu’un ATM. 

En février 2010, un tremblement de terre de bonne importance secoue la ville. 
En février 2011, Guillaume était en Nouvelle-Zélande, ici même. Autour du 21 février, une semaine après son départ, un autre tremblement de terre fait s’écrouler les bâtiments déjà affaiblis l’année d’avant. 185 morts. 



L’épicentre était le centre-ville. De nombreuses répliques, dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre, ont fini de mettre la ville en pagaille. Les nerfs des habitants aussi. Des bâtiments historiques ont foutu le camp en moins de deux. 

Ce qui reste de la cathédrale et du centre-ville... 

Guillaume n’avait en tête que les images vues à la télévision, entre autre de la cathédrale démolie. Il ne s'attendait pas au choc réel de ce qui était là avant, de ce qui ne serait plus là maintenant. Plus de trace du tattoo shop qui l'avait accueilli. Plus de repères. Je n'avais aucune idée. Je ne savais pas que, quatre ans plus tard, nous aurions l’impression de marcher dans une zone de guerre, dans une ville qui peine à renaître de ses décombres. Le centre-ville, malgré les efforts de revitalisation, les installations temporaires et les fresques colorées, ne cache pas les bulldozers qui s'acharnent sur des structures de béton armés. Ni les trouées sur les rues commerciales ni les piles de gravier partout, pas plus que les stationnements immenses là où il y avait, quoi, toute l’action du centre-ville? Boutiques et restos et tours à bureaux? Relocalisés dans des containers. 

À Wellington, nous avions fait la rencontre de Bob et Julie, deux aimables retraités qui nous ont généreusement accueillis chez eux lors de notre premier passage ici. Ils ont perdu une maison dans ces tremblements de terre. Ont aussi du mettre leurs milliers de livres (je n’exagère pas!) dans des boîtes, rapidement, dans des conditions précaires et stressantes, pour trouver un endroit temporaire, chez des amis, où ils seraient en sécurité. Ils achevaient de trier ce qui devait l’être. Quatre ans plus tard. Pas hier, mais presque… 

Leur beau quartier est une alternance de terrains vagues où les maisons ont été démolies, murets percés de fentes désuètes pour les lettres, de sites de construction, de panneaux de bois devant des bouts de fenêtres et de maisons qui se tiennent encore debout, au pavé inégal, aux planchers penchés, aux murs craqués. 

Début mars, nous sommes venus pour le Kapa Haka, le festival maori. De tous les coins de la Nouvelle-Zélande étaient arrivés danseurs, chanteurs et familles, ou bien des curieux comme nous. Pas beaucoup d’étrangers parmi les visages bruns. Nous nous sommes sentis bienvenus dans ce festival de partage de culture, ouvert sur les autres, chaleureux. 
Il y avait tellement d’énergie dans le parc du festival! Des enfants qui courent en tout sens. Des tas de stands de nourriture, dont un fameux hangi, un buffet maori offert à tous, avec des kumaras (leurs patates douces), de la farce, du porc et du poulet cuits lentement dans des fours souterrains. Un mélange de maori et d’anglais bourdonnait dans nos oreilles. Les chanteurs, dont la voix doit être projetée du coeur, les danseurs, les pieds ancrés dans le sol, puissants, magnifiques, terrifiants de présence. 

Dans Christchurch en ruine, dans Christchurch en train de se reconstruire, de l'autre côté de la clôture. 

Nous avons longtemps parlé avec Bob, à notre retour du festival, ce soir-là. Il nous a raconté ses débuts de jeune professeur Blanc, dans un village reclus, les provisions qu’il fallait aller chercher sur la plage à cheval, les gens qui meurent du scorbut, la tentative de leçons de chorale aux enfants  maoris d’après la méthode classique, d'après ce que lui connaissait. La petite rébellion. Le professeur qui se change en élève. 
Ils chantent du coeur, je vous l’ai dit. 
Et tranquillement, il s’est ouvert à cette langue, cette culture. Il nous a raconté comment il a travaillé toute sa vie pour la mettre en valeur, pour la protéger, même si certains auront toujours dit qu’elle allait disparaître et mourir. D’abord, la parler, l’apprendre à l’école… la vivre tant qu'elle serait vivante. 

Nous avons reçu un peu de tout ça, en l'espace d'une fin de semaine. Nous revenons ici dans un entre-deux, entre le départ de l'île sud dans quelques jours et le retour qui s'amorce, 21 jours qui sont peut-être longs pour certains, qui sont étrangement rapides pour nous. Qui nous mettent un peu à l'envers. On a envie de revenir. On n'est pas certains d'avoir envie de partir tout de suite. 

Ce qui me fait penser que l’émouvant, dans les ruines de Christchurch, était aussi dans les chants guerriers maoris, et est aussi, à petite échelle, dans notre ennui de la maison et le sentiment d'avoir tellement à voir et faire encore. Quelque part, ça résiste. 

jeudi 19 mars 2015

Révéler l'aventurier

Dès que nous avons acheté les billets d'avion en août dernier, nous avons réservé nos lits dans les huts de la Milford Track, réputée pour être l'une des plus belles randonnées au monde. Nous avons ensuite organisé notre voyage autour de ce périple de quatre jours dans Fiordland. Nos muscles n'ont pas eu le temps de récupérer des quelques 66 km marchés, mais nous savons déjà une chose: Guillaume et moi nous souviendrons de ces moments pendant longtemps, longtemps.

Après avoir laissé près de la moitié du contenu de nos sacs dans un casier du backpacker (ouf!), nous avons fait l'épicerie pour quatre jours, trois nuits.

Jour 1: Te Anau - Clinton Hut

Nous étions nerveux. Contents, mais nerveux. Nous l'avons été jusqu'au moment d'être assis dans l'autobus qui nous amenait au quai de Te Anau Downs, là où on a pris ensuite un bateau pour se rendre au début de la randonnée.

Impossible d'y échapper: la première journée, tout le monde se regardait du coin de l'oeil.. Qui a déjà fait une telle marche? D'après les vêtements de sport, la grosseur du sac, la qualité des souliers...

Il pleut sur Te Anau, il pleut sur le bateau. Il pleut dans les Sounds plus de 6000mm par année. C'est beaucoup. On espère ne pas être si trempés!
Nous mettons le pied à terre et voilà, plus de retour en arrière. 



La rainforest nous protège de la pluie qui diminue, puis s'arrête. Tout est vert de mousse, de plantes, pas un tronc n'est lisse. 

Nous n'avons que 5 km à marcher le premier jour, 5 km qui passent vite. Les deux dortoirs de 25 personnes se remplissent tranquillement, nous jouons aux cartes un peu, avant d'aller dormir. Dans la salle commune, ça parle anglais et hébreu (il y avait tellement d'Israéliens, hasard pas croyable!).

Jour 2 - Clinton Hut - Mintaro Hut (+MacKinnon Pass)
La température est de notre côté. Au lever (tôt), on se prépare déjà pour la longue marche qui nous attend. 16,5 km, bien que maintenant, on calcule tout en miles, à cause des poteaux qui jalonnent le sentier avec cette vieille unité de mesure en souvenir de son exploration par Quentin Mackinnon en 1888.
Nous marchons dans la forêt vers la vallée pendant un bon moment. À travers les éclaircies, nous voyons de chaque côté les montagnes hautes, comme un faux décor trop grand et trop beau pour être vrai. Nous traversons des "sentiers d'avalanche", passons des rivières sur des ponts suspendus. Je vous l'ai dit, quand il pleut, on compte la pluie en mètres. Les ponts sont équipés de rambardes plus hautes qu'à l'habitude, pour empêcher les marcheurs d'être emportés par le courant.


Les rivières que nous croisons sont si cristallines qu'on voit les truites y nager paresseusement, même à bonne distance. Nous avons aussi eu la chance de voir des anguilles (eels) et des canards à tête blanche.


Nous voulons prendre une pause pour dîner, mais les sandflies nous obligent à rester en mouvement. Il faut plus que des petites mouches noires pour traumatiser deux Québécois, surtout qu'elles ne sont pas si voraces, mais les Français et les Israéliens en particulier ont peur de mourir vidés de leur sang et on trouve ça bien drôle.

En arrivant à la hut environ cinq heures plus tard, nous suivons les conseils de la veille de la ranger: le temps étant dégagé, si nous continuons plus avant sur le chemin avant la tombée de la nuit, nous pourrions avoir la chance de voir Mackinnon Pass sans nuage, chose qu'elle-même n'avait vue qu'une fois dans sa vie.
Mackinnon Pass

Nous avons de la chance (et encore des jambes). Nous volons presque jusqu'au haut de la pass pendant 2 miles de montée (que nous devrons redescendre). Deux Américains, un père et son fils, nous devancent de peu, et nous partageons avec eux l'émerveillement sans limite que nous ressentons d'avoir "travaillé" pour avoir devant nous ce si beau paysage. Et puis nous rentrons dormir à la hut, en partageant nos photos avec ceux qui ne se sentaient pas capables de faire cet "extra". Cette montée, tout le monde devra la vaincre demain, sac au dos.

Jour 3 : Mintaro Hut - Dumpling hut (+ Sutherland Falls)

Lentement, mais sûrement. Le mantra que nous nous répétons. Le temps est encore dégagé, et nous avons droit à la vue splendide d'hier une deuxième fois, avec une lumière différente. Il y a plus de vent, et nous allons nous mettre à l'abri un moment, avant d'entamer la descente, sur environ 10 km, de 1000 mètres verticaux.

Ouch, mes genoux. Guillaume a des ressors dans les jambes, mais je ne peux bientôt plus m'arrêter longtemps pour admirer les chutes et les rivières: quand j'arrête, la douleur est intense, et je sais que ce sera difficile de recommencer.

Nous déposons nos sacs au shelter Quentin Lodge. Il faut vous dire qu'il y a des gens (avec beaucoup d'argent), qui ont payé pour être nourris/logés confortablement dans des hotels de luxe tout au long de la Milford Track. Quintin Lodge est un de ceux-là. Et ces "chanceux" ont Internet, des douches, un piano (!) et une radio tonitruante qui crie "In the Navy" à notre arrivée. Tout nos collègues "pauvres" déjà arrivés sont entassés dans une petite cabane aux vitres qui s'embuent, à l'autre extrémité de la cour. Il faut en rire... Surtout qu'on prend notre courage à deux mains pour le side track : la chute la plus haute de NZ.

580 mètres! 
Juste une petite

Pour soulager un peu ce qu'il reste de mes articulations, je tente d'aller me baigner dans un lac près de la hut. Il est tellement froid que je suis figée sur place à hauteur de cuisse, mais ça semble donner du courage aux Français sur la berge qui, moustiques ou pas, se lancent à leur tour. Autre souper, autre ciel qui s'assombrit entre les montagnes. 

Est-ce que j'ai besoin de vous dire qu'on était contents de trouver nos lits?

Jour 4: Dumpling Hut - Sandfly Point 
18 km. Quelques heures et la fin, un autre bateau, les montagnes de Milford Sounds qui sortent de la mer. 
Les oiseaux nous accompagnent. Nous marchons dans l'ordre habituel - René loin devant, le couple dans la cinquantaine dans une forme pas croyable ensuite, les Américains et puis nous. Les Français suivent derrière, puis les quelques trente autres marcheurs avec qui nous avons partagé des nuits de sommeil trop courtes et des rires au-dessus des platées de bouffe déshydratée. 
Le bateau est comme un rêve. 
Milford et Mitre Peak
Nous sommes épuisés, mais heureux d'avoir marché ces kilomètres ensemble, un pas après l'autre. Un peu tristes que ce soit déjà fini aussi. Que devant le bateau, on aperçoive des touristes, des enseignes, des routes d'asphalte, des voitures.

Il ne faut que quatre jours pour révéler l'aventurier. Celui qui se cache pas loin, dans ce désir de dépasser ses limites, d'aller où personne, ou presque, ne va.

Une soixantaine de km pour se sentir minuscule, mais fort. Mais forts.


















mercredi 11 mars 2015

Journée glorieuse

On est un peu en retard dans les nouvelles, mais comme on rentre dans "le bois" pour quatre jours et trois nuits sur la très renommée Milford Track, on vous laisse avec des images de notre randonnée sur Avalanche Peak, dans le micro-village d'Arthur's Pass. Je me demande encore comment ça peut être plus beau que ça!
Le moral des troupes est encore haut!

Forêt de bouleaux




Un Kea: un perroquet alpin qui aime bien détruire les essuies-glaces. 

Quand la journée est glorieuse, c'est à ça que ça ressemble!

Parlant de journée glorieuse... j'ai enfin eu ma note pour mon mémoire, qui sera accepté avec des corrections mineures! On était à l'épicerie quand j'ai lu le courriel me l'annonçant, entre les peanuts en vrac et les boîtes de céréales. C'était pas mal épique et les Kiwis n'ont rien du comprendre. J'étais contente d'avoir fait une liste pour l'épicerie parce qu'après ça j'ai été très peu fonctionnelle pour ramasser le jambon et les cannes de thon.

À dans quelques jours!!

dimanche 8 mars 2015

La We(s)t Coast

On ne va pas dire qu'on ne s'y attendait pas: la West Coast est mouillée. 

Nous avons passé deux jours à Greymouth, bien calés dans les fauteuils du grand salon au Global Village, à regarder la pluie tomber, à guetter l'éclaircie pour marcher les trois coins de rues jusqu'à l'épicerie. 
0 culpabilité: une journée à lire, jouer du piano et boire du thé, c'est un luxe qu'on était contents de se payer. Après des semaines à jouer dehors, pour la première fois, nous n'avons "rien" fait. Et c'était parfait. 

Mais je reprends où on vous avait laissés : à Punakaiki, avec les Pancake Rocks, dans le milieu de nulle-part-pas-d'épicerie. Le lendemain, nous avons un camping réservé à Hokitika, la "cool little town" (leur propre description) de la West Coast. 

Nous hésitions à faire du pouce. En bonne "gratteuse" que je suis, payer 35$ chacun pour un billet d'autobus pour une heure de route, surtout quand on n'entend que des bons commentaires du pouce sur la côte Ouest, la décision dans mon cas était vite prise. 
Guillaume, lui: "J'suis pas assez pauvre pour faire du pouce s'il pleut."
Pluie pas pluie, on a fait du pouce, parce qu'il restait autant de place dans l'autobus qu'il nous restait de nourriture: aucune. 

Quatre différents conducteurs en deux heures; on est arrivés avant l'autobus. Je pense qu'on est contentés là-dessus; on l'a fait, c'était bien le fun, on a rencontré du bon monde, maintenant on retourne à notre planification plus facile des autobus ;).
Quand on est arrivés à Hokitika, j'ai tout de suite eu un coup de coeur pour cette petite ville pleine de boutiques d'artisan et d'histoire. (Le livre d'Eleanor Catton s'y déroule, en passant.) 


La mer de Tasman - jamais vraiment calme... 
C'est peut-être la proximité de la mer de Tasman, la plage plein de sculptures de bois flotté, ou les gens qui marchent têtes baissées sur le "spit" pour trouver du jade qui en font une ville si spéciale. Il m'a fallu trois jours pour faire le tour des boutiques et des studios ouverts au public où on peut jaser avec les artisans. 

Et éventuellement, il a fallu partir, et trier les roches ramassées sur la plage (Guillaume-le-dictateur me surveille quand c'est le temps de trier les trucs que je ramasse compulsivement!).

Au moins, je peux prendre autant de photos que je veux!

Du jade sur la table d'un sculpteur
Coucher de soleil sur la plage d'Hokitika
Nous avons ensuite pris la direction de Fox Glacier. Les montagnes se sont resserrées autour de nous et nous avons, pour la première fois depuis que nous sommes ici, senti que l'automne était bel et bien arrivé. Malgré la brume et les nuages (de pluie, à coup sûr), nous avons marché les quelques 10 kilomètres vers le glacier, en passant par la rain forest. Des palmiers et des glaciers dans la même journée. C'est ça, la Nouvelle-Zélande... 

Fox Glacier - vu de 200 mètres, la limite autorisée (à moins de se payer un hélico à 500$)