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vendredi 5 décembre 2014

Pas pour les végés.

L'heure des repas, c'est l'heure de la fête.
La bouffe est miraculeuse et vient récompenser admirablement l'escalade de crique pour installer de nouveaux tuyaux pour l'eau courante, la pose de barrières pour les vaches, le désherbage du jardin et la cueillette de framboises (2:00 aux deux jours, ça fait combien de litres de framboises, à votre avis??). Même si on n'arrive pas toujours à identifier dès les premières bouchées ce qu'on mange, c'est à se rouler par terre d'un soir à l'autre, alors je ne pose plus de questions et je profite de chaque bouchée. En plus, je n'ai sûrement jamais mangé aussi bio de ma vie alors... aucune raison de me méfier.

C'était écrit en clair sur la page de woofing d'U. et W.: NO BLOODY TV IN THE HOUSE. WE ARE HAVING ENOUGH FUN WITHOUT IT.
Et c'est vrai. Ils ont des tas d'histoires à nous raconter.
Quand U. et W. sont arrivés ici, la maison était en partie construite, mais il y avait surtout des kilomètres de bush à organiser. 

La première année, en débarquant du voilier qui les a amené depuis l'Allemagne, ils ont acheté le terrain (150 acres... c'est tout petit, voyons!), puis ils ont passé le reste du temps à lire sur la permaculture et à réfléchir à la meilleure manière de rentabiliser leur terre. 
W. nous a raconté cette semaine comment, la première année, les bois étaient infestés de... Chèvres.

Les néo-zélandais, dans leur enthousiasme agricole, avaient pour projet de développer l'industrie des produits laitiers avec les chèvres. Le problème, c'est qu'ils ont laissé les mâles et les femelles faire le party tous ensemble pendant des mois (une chèvre sait vraiment faire le party, pour ceux qui ne seraient pas certains du deuxième degré). Pour faire une histoire courte sur les rites amoureux des chèvres, les mâles s'urinent dans la barbiche et les femelles sont en pâmoison pendant des lunes, poussant des soupirs digne des courtisanes. Il paraît qu'on dirait vraiment des voix humaines! Et le lait qu'on tire d'une chèvre avec un tel mode de vie dépravé ne goûte apparemment pas très bon. Alors les néo-zélandais se sont dit "bin coudonc!" et ils ont ouverts grandes les portes des clôtures. Bye les chèvres!

Ensuite, ils se sont dit qu'ils pourraient plutôt importer des espèces au poil angora, et se lancer dans le marché des fibres textile. Avec les moutons, on le fait, pourquoi pas avec les chèvres?
Si vous avez passé comme moi la semaine à flatter des animaux, vous sauriez que le poil d'une chèvre angora n'est pas doux partout (ha!) et que c'est une bien bonne idée, mais qu'il aurait fallu trier les poils avant d'essayer de les vendre aux Chinois. 
Mais bon, les chèvres angoras, elles se sont aussi fait offrir la clé des champs.

Dans le bush, bientôt, encouragées par leur vigueur à fabriquer de la famille, les chèvres se sont mises à être beaucoup. Beaucoup, beaucoup. Il n'y a pas de loups, pas d'ours, pas de panthères, pas de lions, pas de tyrannosaures, dans les bois kiwis. 
Quand nos charmants allemands prenaient leur thé sur leur terrasse en haut de leur montagne avec vue sur le bush et l'océan (grosse vie), les chèvres soupiraient de partout. Et mangeaient la moindre pousse, biologique ou non, vous pouvez l'imaginer. 
Ils avaient mis des clôtures, mais ce n'était jamais assez.
Comme ils ne sont pas végés, et qu'ils n'aiment pas tuer pour laisser pourir, comme malheureusement c'était répandu ici parce qu'il y avait trop de chèvres à éradiquer/enterrer, ils ont occupé leurs soirées à chasser/éviscérer/dépecer les chèvres jusqu'à presque la dernière. 

Je les vois comme dans un safari, épuisés au milieu des quartiers de viande dans la cuisine. Il est minuit, et ils viennent d'enfin abattre le sous-boss chèvre de sur leur terrain. Le bouc est trop gros pour être suspendu au plus gros des arbres à leur portée. Ils se tapent dans la main et rigolent en se taquinant en allemand. 

Tout ça pour dire qu'hier, on a mangé de la chèvre. 

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